On s’est toutes nourries de ces dessins animés qui ont marqué notre enfance…
 
« Cendrillon, la Belle au Bois Dormant, Blanche Neige, Rapunzel, se caractérisent toutes par la passivité, la beauté, l’innocence et la victimisation. Elles sont de gentilles femmes archétypales, victimes par définition. Jamais elles ne pensent, agissent, initient, confrontent, résistent, défient, éprouvent, prennent en charge, ou questionnent. Quelques fois elles sont forcées de faire le ménage. Elles n’ont qu’un rite de passage. Inertes, elles sont déplacées de la maison de leur mère à celle du prince. D’abord elles sont objets de malveillance, puis objets d’adoration romantique. Elles ne font rien pour justifier ni l’une ni l’autre. »
 (Andrea Dworkin, The Fairy Tales, 1974)
 
 

Il faut croire que les fillettes sont formatées, socialisées, éduquées pour se trouver un mari riche et puissant. En Afrique et notamment au Sénégal, le destin de la femme se situe dans le mariage et la maternité.

En outre, le mariage n’est pas seulement un lien contractuel entre deux individus, il crée un être humain nouveau. La femme perd en quelque sorte son individualité, fondant sa pensée et sa volonté dans celles de l’époux qui joue le rôle d’organe représentatif du couple. La femme mariée n’existe qu’à travers son époux.

Force est de constater, à l’origine de la situation faite aux femmes, il y a l’idée que la nature imposerait à l’homme de régner et à la femme de subir : « quand elle est fille, mère et épouse ».  L’une des pratiques, qui corroborent ce mythe dans la culture sénégalaise, est la polygamie. Le mari peut avoir jusqu’à quatre épouses. Dans ce contexte, cette pratique relève du domaine de la contrainte, de l’arbitraire, et demeure « la preuve criante de l’inégalité des droits entre hommes et femmes ». L’homme devient davantage un maitre qu’un mari. Il impose son nom, se donne la priorité dans le mariage et devient moralement le propriétaire de sa (ou ses) femme(s). La femme appelle son mari Nidiaye c’est-à-dire Tonton ou Oncle. Il faut aussi envisager la différence d’âge entre les époux,  qui renforce le pouvoir du mari car le droit d’ainesse s’ajoute au pouvoir de sexe.

Aussi, les principes de la société sénégalaise soumettent la femme à l’autorité de l’homme et font en sorte qu’elle soit considérée comme un être inférieur sous la tutelle économique, légale et morale de l’homme. Elle doit aussi respect et obéissance à ses beaux parents car la non obéissance est un motif de divorce.

Partant de là, elle doit essentiellement s’occuper des affaires privées de la famille tandis que l’homme s’adonne aux activités importantes dans l’espace public. Gardiennes du patrimoine, elles éduquent différemment filles et garçons et de ce fait, favorisent inconsciemment la pérennité des rapports hiérarchisés entre les genres.  

Les hommes dominent la scène sans que les femmes « pensent » à leur propre condition et donnent leur réflexion. L’imaginaire féminin est emprisonné dans la maison du père et son statut reste fondé sur l’obéissance et la tutelle.

Tout un processus dans la religion, le social et le culturel exclut la femme du pouvoir, renforce sa passivité et limite son ambition dans la recherche d’une place convenable dans la société. La femme est assignée à un statut secondaire et n’a pas droit à la parole.

En revanche, la conquête, pour les femmes, d’une nouvelle vie n’est possible que si elles arrivent à conscientiser leur inconscient c’est-à-dire à penser à leur domination :

« Il va de soi qu’il n’existe pas de pouvoir sans dimension imaginaire et que pour exclure ou subordonner il faut déployer un formidable travail de la pensée, un travail idéologique qui fait apparaitre à la pensée et par la pensée comme légitimes pour toutes les parties en présence les rapports sociaux au sein desquels certaines parties du corps social sont subordonnées à d’autres[1]. »

Les mécanismes de la domination masculine vont s’étendre et prendre appui sur l’imaginaire collectif. Les femmes ont coopéré – trop longtemps – à leur propre subordination raison pour laquelle les hommes n’ont pas éprouvé de résistance en refusant de reconnaitre les femmes comme des individus responsables.

Et pourtant les femmes ont tellement de potentiels…


Halima




[1] GODELIER Maurice, « Les femmes et le pouvoir », Point de vue d’un anthropologue. In Femmes et Histoire sous la dir. de G.DUBY et M.PERROT, Paris, Plon, 1992, p.110.