AFRIQUE : POUR DES PARLEMENTS 50-50 A L’HORIZON 2030

L’histoire de l’humanité a été écrite au masculin, par et pour l’homme qui régissait le pouvoir intellectuel. Ce paradigme est aujourd’hui remis en cause pour un monde meilleur.

Le Conseil Mondial pour l’Objectif de Développement Durable 5 (ODD 5), « Egalité entre les Sexes », a été lancé au mois de février 2019 à Dubai lors du World Government Summit. Dirigé par Son Excellente Mona El Marri des Emirats Arabes Unis, le groupe composé d’emminentes personnalités issues d’horizons divers s’est fixé comme objectif pour les deux prochaines années à oeuvrer pour une plus grande représentativité des femmes dans le champ politique et dans les parlements en particulier.

Dans cette tribune Dr. Halima Diallo, Spécialiste des questions de genre et Amadou Mahtar Ba, membre du Conseil mondial pour l’ODD 5, plaident pour des parlements 50-50 d’ici 2030.

Quelque soit la région du monde considérée, on observe généralement une crise de la représentation politique avec un très faible pourcentage de femmes dans des positions électives, notamment au parlement. La politique reste largement un quasi monopole masculin. Les hommes continuent d’occuper majoritairement les postes clés à presque tous les niveaux dans les sphères décisionnelles.

Au début du siècle, le modèle prégnant était celui des femmes inactives cantonnées au rôle de mères et d’épouses, dans le cadre d’une domination masculine qui instaurait une hiérarchie entre les sexes. Plus elles restaient à la maison, « à ne rien faire », plus elles faisaient honneur à la maison et à son chef. Les épouses-mères étaient idéalisées en tant que gardiennes de la morale et du devoir. Elles  travaillent gratuitement dans l’enceinte gardée de la maison et de la famille « au nom de la nature, de l’amour, de l’éducation des enfants ou du devoir maternel ». Ce travail invisible, travail domestique qui n’est pas réalisé pour soi mais pour les autres, se trouve déjà au cœur des réflexions féministes à la fin des années 1960.

De nos jours, le Bureau International du Travail (BIT) estime à 16 milliards d’heures approximativement le temps passé dans les tâches domestiques non rémunérées à travers le monde, dans une très grande majorité par les femmes.

Une analyse de l’évolution politique du monde montre, sans grande surprise, que les femmes ont mis du temps à investir le champ public. Il faut aussi rappeler que les femmes n’avaient pas le droit de faire des études supérieures. Elles étaient maintenues à l’écart des mathématiques, de la logique et de la technique. Elles ne pouvaient pas travailler dans l’espace public, ni conquérir certaines professions réservées aux hommes.

Les femmes accusent donc, malheureusement, du retard dans tous les domaines. Les partisans comme les adversaires de l’éducation des filles pressentent que le droit au savoir contient en son germe le droit à l’autonomie et au pouvoir.

Les femmes ne pouvaient pas non plus voter. Le premier pays à avoir accordé le droit de vote aux femmes fut la Nouvelle-Zélande en 1893. Dans les autres, ce droit a été donné plus tard et parfois après des luttes âprement menées par les mouvements de femmes.

Alors que le pouvoir a toujours été une fonction masculine par excellence, les femmes sont aujourd’hui nombreuses à souhaiter briguer des postes clés, à juste titre. Leur niveau d’instruction a augmenté. Les filles ont investi l’école et plus largement – elles sont de plus en plus diplômées. Cependant, plusieurs études indiquent qu’elles accumulent du retard et mettent plus de temps que les hommes dans leur carrière professionnelle.

La sous-représentation des femmes dans les instances de prises de décisions est-elle liée à un certain manque de disponibilité des femmes, car à l’évidence la plupart d’entre elles n’ont pas le même temps que les hommes? Leur défaut de disponibilité – du fait de la plus grande partie des charges domestiques qui leur est injustement assignée -semble expliquer la lenteur de leur carrière politique. La participation des femmes à la gestion du pouvoir devrait donc être une question de principe démocratique, un principe de gouvernance voire de droit. Quasiment dans tous les pays, les femmes constituent plus de la majorité de la population et ne pas prendre en considération leur point de vue et leur participation est une façon de pérenniser les inégalités de genre.

C’est en ce sens que le point 5.5 de l’ODD 5  appelle à: « Garantir la participation entière et effective des femmes et leur accès en toute égalité aux fonctions de direction à tous les niveaux de décision, dans la vie politique, économique et publique ». Cependant, il est clair que cette parité de représentation (50-50) entre les femmes et les hommes  restera un vain mot si l’idée d’égalité dans la multiplicité des différences individuelles ne vient pas l’accompagner.  Une démocratie sans les femmes n’en est pas une!

La mesure dans laquelle les femmes ont la possibilité de s’inscrire sur les listes électorales, de présenter leur candidature, d’exprimer leur vote à bulletin secret et d’intervenir aux plus hauts niveaux décisionnels est une indication du degré d’inclusivité de la démocratie. Plus les femmes participent, en qualité d’électrices, de candidates, de responsables de partis politiques ou de membres du personnel des instances électorales, plus leur place en politique est reconnue.

A ce jour, plus de cinquante pays à travers le monde ont adopté des lois sur les quotas pour réguler la sélection ou l’élection de femmes aux mandats politiques. Durant la dernière décennie, un nombre croissant de parlements nationaux ont ainsi eu à modifier leurs constitutions ou leurs lois électorales dans ce sens, sans pour autant que cela soit nécessairement suivit d’effet.

Malgré tout, des progrès timides continuent d’être enregistrés à travers le monde. D’après l’étude annuelle réalisée par l’Union Interparlementaire (UIP) portant sur les femmes dans les hémicycles, leur part dans les parlements nationaux a augmenté de près d’un point de pourcentage en 2018, à 24,3 pour cent, contre 23,4 pour cent en 2017. Ce gain de 0,9 point vient confirmer la progression de la présence des femmes dans les parlements à un rythme légèrement plus rapide que les années précédentes. Les pays dotés de politiques de quotas par sexe efficaces ont élu beaucoup plus de femmes au parlement que ceux qui en sont dépourvus, à savoir 7 points de plus dans les chambres uniques ou basses et 17 points de plus dans les chambres hautes.

Les parlements représentent le lieu où un nouveau système de valeurs peut se construire à l’échelle d’une nation. Si les femmes s’engagent de plus en plus en politique c’est pour lutter contre les stéréotypes de tout genres, les inégalités de chances dans le système éducatif et sur le marché de l’emploi, les normes et les comportements qui limitent les choix des femmes, pour transformer les rapports entre les sexes. Il faut instituer de nouvelles règles, de nouvelles législations qui fixent équitablement les salaires et les conditions de travail mais aussi garantissent l’accès aux emplois, qui prévoient les services nécessaires pour qu’elles puissent, comme les hommes, développer leurs talents.

La prochaine décennie (2020-2030) est cruciale pour l’avènement d’un monde meilleur pour l’humanité toute entière allant dans l’esprit de l’agenda pour le développement adopté en Septembre 2015 par l’ensemble des pays membres des Nations Unies. Au moment où la communauté internationale célébre la journée internationale des femmes sous le thème « Penser équitablement, bâtir itelligemment, innover pour le changement » il est urgent de donner  à la représentation égalitaire des femmes dans les parlements toute l’importance qu’elle mérite.

https://fr.allafrica.com/stories/201903080680.html

Halima

LA PRÉSIDENTIELLE SÉNÉGALAISE, UNE AFFAIRE EXCLUSIVEMENT MASCULINE

La participation politique des femmes à la gestion du pouvoir est une question de principe démocratique et un principe de gouvernance. On s’étonne encore de la sous-représentation des femmes  politiques dans les instances de prises de décisions même si des progrès significatifs ont été accomplis au cours des dernières décennies en termes d’égalité entre les femmes et les hommes.

Outre, cette volonté des hommes politiques à exclure les femmes dans le champ politique tiendrait d’abord très prosaïquement au fait qu’ils refusent de partager le pouvoir avec elles. En politique, une femme en plus, c’est un homme en moins : aux yeux de ses collègues masculins, la femme politique est alors une concurrente, une intruse, une voleuse d’emploi. Qui plus est, la plupart des hommes politiques n’ont guère envie de voir des élues introduire dans l’agenda politique des revendications féministes : leur résistance à l’entrée des femmes en politique est aussi un moyen de défense contre une remise en question de la domination masculine sur l’ensemble de la société.

Au Sénégal, le fait qu’il ait été nécessaire d’imposer la loi sur la parité dans la plupart des élections a permis à certaines femmes de parvenir à l’exercice de fonctions politiques… Par ailleurs cette loi est stigmatisée comme étant la loi des femmes ou en faveur des femmes. Elle soulève toujours des questions d’ordre culturels et religieux. Des hommes qui auraient pourtant soutenu ce projet de loi, continuent de dresser des candidatures exclusivement masculines sur les listes électorales et cela avec la complicité des femmes.  Un fait indéniable est revenu constamment dans mes enquêtes sur LES FEMMES ET LA POLITIQUE :

Les femmes ne sont pas solidaires entre elles. Au lieu de soutenir leur « sœur », elles sont les premières à se liguer contre elle et à la combattre.

Les femmes représentent la majorité et elles sont en mesure, à elles seules, de nommer le / la Président(e) de la République. En revanche, quand il faut élire un responsable, les femmes sont complices de leur sous – représentation dans les instances de décisions puisqu’elles votent pour un candidat et non une candidate, qui, elle, se retrouve le plus souvent avec sa seule voix. Elles perçoivent à travers les images, les représentations sociales et culturelles, la mémoire collective, l’imaginaire collectif…, au masculin le poste de responsable et ne l’envisagent pas au féminin. Victimes d’un système patriarcal, elles reproduisent les inégalités de genre.

Toutefois, le courage des candidates au présidentielles de l’année 2019 est à saluer et même si elles sont écartées du parrainage, cela ne minimise en rien la valeur du symbole.

 

 

Halima 

 

LA FÉMINISATION DE LA PAUVRETÉ

« Face à la pauvreté, les femmes s’adaptent très vite. Elles trouvent le moyen de gagner de l’argent ».

Au Sénégal, la pauvreté est plus aiguë dans les zones rurales où la disponibilité des services et les opportunités de travail sont plus restreintes qu’en milieu urbain. Elle est plus probable chez les femmes que chez les hommes étant donné le moindre accès de celles-ci aux ressources et aux facteurs de production et leur plus grand isolement.

Le crédit, la terre, l’héritage, l’instruction, la formation, l’information, la vulgarisation, la technologie, les intrants agricoles sont plus aléatoires pour elles, sans compter leur pouvoir inégalitaire de décision sur leur propre production et celle du ménage.

Les incitations gouvernementales à la production favorisent le plus souvent les cultures de rente alors que les femmes sont davantage engagées dans les cultures vivrières.

En outre, la vulnérabilité des femmes prend certaines de ses racines au sein même de la famille: par exemple, pour l’inscription des enfants à l’école, dans les ménages pauvres, les parents préféreront investir sur les garçons et garderont les filles à la maison où elles assureront une partie du travail domestique et de production.

Dans toutes les sociétés, les femmes assument la majeure partie du travail domestique et sont les principales responsables de l’éducation des enfants et des soins aux personnes âgées et aux malades. La vie des femmes est énormément marquée par la reproduction qui a une influence directe et évidente sur leur état de santé et sur les opportunités d’accès à l’instruction, à l’emploi, aux revenus. Dans les sociétés où les femmes se marient très jeunes, et beaucoup plus précocement que les hommes, la subordination au mari sera plus forte et conditionnera les possibilités d’instruction, de travail, etc.

Pour citer ONU FEMMES,

« Les gouvernements ont accepté de changer de politique économique afin d’offrir davantage d’opportunités pour les femmes, d’améliorer les lois pour faire respecter les droits économiques et de renforcer l’accès au crédit. Ils se sont engagés à recueillir une meilleure information pour déterminer de quelle façon la pauvreté touche les femmes différemment, car il est essentiel de connaître un problème pour pouvoir le résoudre ».

Halima

LA FABRIQUE DES ÉLITES FÉMININES EN AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE

Every girl deserves to go to school and have the basic tools she needs to get a quality education.

L’éducation, mission souvent avancée pour légitimer le fait colonial ne semble guère avoir touché les filles et a même creusé les écarts entre filles et garçons… D’après l’UNESCO, en 1950, le pourcentage d’enfants scolarisés dans le primaire est de 10% dans les colonies françaises. En AOF, en 1908, on compte une fille pour 11 garçons scolarisés, en 1938, une fille pour 9 garçons, en 1954, une fille pour 5 garçons. Ces différences sont, en grande partie, du fait de l’administration coloniale qui a des réticences à ouvrir l’enseignement aux filles.

Les Missionnaires et les nombreuses congrégations religieuses ont été les premiers à souhaiter scolariser les populations autochtones, indigènes, noir.e.s… En réalité, ils voulaient recueillir des âmes pour le Seigneur, le but était d’en faire des chrétiens. On peut alors imaginer le danger que suscita l’école pour les familles musulmanes…. Ainsi, l’école posa paradoxalement le problème de l’avenir de ces jeunes garçons et filles de confession musulmane.

Amadou Hampâté Ba, le sage de Bandiagara, le gardien des valeurs culturelles africaines considéré comme l’une des plus grandes voix d’Afrique – explique dans Amkoulel que sa mère était contre, de peur qu’il devienne un infidèle. Refuser que son enfant aille à l’école était une forme de résistance contre les colons. D’ailleurs, les indigènes ont eu du mal à accepter l’école pour leurs fils/leurs filles. Ils n’en voulaient pas. Colonisateurs et associés les ont contraint à se scolariser et /ou à devenir « civilisés »… en prenant en otage les fils de chefs.

Les mémoires de Yoro Dyao (Yoro Booli Jaw en wolof) expriment l’essentiel de la tradition orale wolof, plus spécifiquement, son Histoire des damels (souverains) du Cayor, remise en 1864, au Gouverneur Français Faidherbe. L’abbé Boilat, comme Yoro Dyao, fait partie des pionniers de l’historiographie sénégalaise. Tous deux proches collaborateurs de la France, leurs écrits – sur les us et coutumes – étaient destinés à l’administration coloniale. Amis de la France, ces colonisés ont tourné le dos à leur origine, famille etc. En outre, la scolarisation aggrava également les écarts sociaux puisqu’elle pénètre en premier chez les notables.

Les colonisateurs se sont très peu intéressés aux femmes autochtones, indigènes, noires. Ceux qu’il fallait instruire, former, civiliser étaient uniquement les hommes des 4 communes : SAINT-LOUIS, DAKAR, GORÉE, RUFISQUE. Le système colonial a favorisé les hommes en s’inspirant du modèle du paterfamilias du droit romain.

Pendant longtemps la recherche francophone a fait preuve d’une totale cécité à l’égard de l’histoire des femmes et du genre pendant la période coloniale. Le fait colonial étant une affaire d’hommes, on en a oublié qu’il ne s’exerçait pas que sur des hommes, et que, dans leur entreprise, les Européens avaient aussi souvent entraîné des femmes et colonisé des hommes et des femmes. C’est en pleine guerre, que les colonisateurs donneront de l’importance à la scolarisation des filles… et c’est à ce moment-là que débutera toute cette fabrique des élites féminines…

Mais avant, les fillettes indigènes, particulièrement les chrétiennes, bénéficient d’une éducation au rabais…Elles font les petites corvées et le ménage pour les bonnes sœurs.

Cet enseignement est avant tout idéologique et dispense les valeurs de la bourgeoisie européenne en proposant des cours de morale, de couture, de cuisine et de santé. Son objectif est de transformer les Africaines en mères compétentes et épouses vertueuses. Un enseignement essentiellement domestique.

Leur instruction se limita à l’école primaire… En revanche, les archives coloniales mettent en exergue l’histoire exceptionnelle d’ AWA HÉLÈNE COMTÉ, la première sénégalaise Major de la promotion, titulaire du Brevet Élémentaire en 1907.

J’ai eu l’immense honneur et le plaisir d’interviewer sa fille qui raconte :

« Je dois tout à ma mère…

Ma mère fut la première sénégalaise major de la promotion, titulaire du Brevet Élémentaire en 1907. Il n’était pas de bon temps d’envoyer une fille étudier à l’étranger même avec une bourse et mon grand-père déclina l’offre généreuse.

La déception était si grande pour ma mère qu’elle s’était jurée que ses enfants, filles comme garçons iraient aussi loin qu’ils pourraient dans l’acquisition de connaissances intellectuelles pour un mieux-être dans leur vie sociale ».

Pour se penser leader, déjà en tant que femme, encore faut-il avoir un modèle.

 

 

 

 

 

 

Halima

LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES (ET AUX HOMMES) EST L’AFFAIRE DE TOUTES ET DE TOUS…

 

La violence a toujours existé. De nos jours, elle est activement dénoncée dans les médias. Mais ces derniers ne rapportent que la violence des hommes envers les autres hommes ou femmes et, très sporadiquement, celle commise par les femmes.

Au Sénégal, plusieurs organisations féminines prennent en charge dans leurs actions, la lutte contre les violences faites aux (filles et) femmes :

Cet intérêt est lié à la recrudescence des violences dont les femmes et les filles font l’objet. La fréquence des cas de filles/femmes violées et sauvagement tuées, des cas de viols collectifs a poussé les associations féminines à se mobiliser et à dire NON aux violences que les femmes subissent au quotidien. Les violences basées sur le genre, relatés quotidiennement dans les faits divers des journaux, montrent la banalisation de ces actes.

LAN NGA SOLOON ?

WHAT WERE YOU WEARING ?

T’ETAIS HABILLEE COMMENT ?

C’est la question à laquelle répondent les courts textes qui ont été consacrés à l’exposition du Musée de la femme Henriette Bathily, basés sur les témoignages et histoires de personnes victimes de viol au Sénégal et dans d’autres pays. Selon FATOU KINE DIOP,  » A l’origine de cette démarche, un constat indéniable : les victimes sont trop renvoyées à leur habillement, comme moyen pour les culpabiliser, pour leur faire porter la charge de la violence qu’elles ont subie ».

« Oui mais, t’étais habillée comment ? »

De plus, il y a un manque criard de statistiques fiables sur la prévalence des actes de violence basés sur le genre et sur les facteurs qui leur sont associés, de sorte qu’il est difficile de construire, de mettre en œuvre et d’évaluer des réponses alors que la lutte contre les violences basées sur le genre fait l’objet de dispositions internationales prises par les Nations-Unies et les organismes interafricains, « Convention et le Protocole Additionnel sur l’Elimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, Déclaration des Nations-Unies sur l’Elimination de la violence contre les femmes, Dispositions de la Plate-forme de la Conférence de Beijing de 1995 sur les violences et sur la protection des femmes, Dispositions de la Déclaration du Millénaire sur les formes de violences à l’encontre des femmes, Résolution des Nations-Unies sur l’Intensification des Efforts pour Eliminer toutes les Formes de violences à l’Egard des Femmes, Campagne visant à l’éradication de la violence faites aux femmes etc. ».

Bien que le Sénégal ait ratifié la plupart des conventions internationales concernant la protection contre les violences basées sur le genre et adapté sa législation nationale à ce propos, les femmes continuent de subir des violences. Le droit coutumier et les pratiques traditionnelles, surtout dans les régions rurales prévalent sur le droit national pour régler des questions telles que l’âge du mariage, la violence domestique, les MGF (Mutilations Génitales Féminines) et l’héritage des biens fonciers [inégalités de genre en matière de droits et de justice].

Cette contribution a pour ambition – dans un premier temps –  de soulever la violence cachée dans la vie maritale au nom du mũn sénégalais, sorte de fourre-tout (comportement, attitude, travail de care dans l’espace privé), qui conditionne les femmes à de nombreuses restrictions, entrave leur épanouissement, leur dignité… Le mũn est un mot wolof, qui signifie endurer, patienter, supporter. Et dans le cadre du mariage, il est attendu que les femmes mũn quatre fois plus que les hommes.

Ce mũn exigé des femmes inhibe toute contestation possible dans la vie de couple et légitime l’autorité de l’époux sur son épouse qui doit se soumettre et qui doit taire ce qu’elle vit dans son ménage. Un des exemples très médiatisé de mũn est celui de FATOU DIENG de DIOURBEL qui pendant vingt ans a été violentée par son mari. Cette histoire a permis à d’autres victimes de lever les tabous sur les violences conjugales : insultes, paroles de dénigrement explicites, une élévation de ton à des fins d’intimidation, des paroles de dénigrement implicite mais aussi des actes de violences de genre [violence homme-femme mais aussi femme-femme en cas de polygamie] : gifles, coups de poings, de pieds, de tête, morsures, coups avec une ceinture, une chaine, un fouet, un bâton, une canne, coups avec un pilon, louche ou tout autre ustensile de cuisine, brulures avec cigarette ou braise, ligoté ou enchainé pour être battu… Etc.

Quand elles acceptent de témoigner, nombreuses sont les femmes qui affirment que leurs enfants ont été insultés ou brutalisés dans le but de les atteindre. Face à toutes ces formes de violences, recensées en majeure partie dans les villes de Kolda et Ziguinchor, porter plainte est problématique pour les victimes… Car c’est aggraver la situation, c’est accuser le mari [son aînée social, protecteur, tuteur social], c’est renoncer à son mariage, c’est se mettre à dos sa belle-famille et c’est exhiber sa vie maritale alors que les us et coutumes recommandent de taire tout ce qui est de l’ordre du privé.

Dès lors quel regard peut-on porter sur le mũn qui est pourtant considéré comme une vertu féminine ? Dans le discours normatif dominant, les femmes exemplaires sont celles qui mũn et qui font le bonheur de leur époux [sans jamais oser dire les choses telles qu’elles sont].

Ainsi, une femme se doit d’être douce en toutes circonstances. Elle ne doit pas répondre, contredire, contrarier. Le monde de la franchise est le monde de l’homme. Son monde à elle est celui des sous-entendus, des signes (des paillettes et du rose pastel). Elle doit rester à sa place.

Étant consciente que les femmes ne constituent pas une catégorie homogène, ce sont les femmes qui n’ont pas le pouvoir économique qui sont le plus conditionnées par le mũn. Ces dernières sont hélas, majoritaires et cachent une souffrance résultant quelques fois de violences physiques ou mentales…

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les hommes aussi mũn. Ils peuvent vivre de violences au sein du couple :

« Si le féminisme nous a ouvert les yeux sur la violence conjugale. Il a contribué et continue de contribuer à l’évolution positive de notre société. Certaines féministes, par contre, n’ont ouvert qu’un seul œil sur cette violence : celle faite aux femmes. Elles ont délibérément fermé l’autre œil, celui qui devrait être ouvert sur la violence faite aux hommes. La raison en est très simple : elles ont fait de la violence conjugale un débat politique, où l’homme est perçu comme l’abuseur et la femme la victime, plutôt que de présenter la violence dans son intégralité. Or, c’est un réel phénomène social dont les causes et les solutions ne sont pas d’ordre politique ou sexuel, mais plutôt socio-économique » (Yvon Dallaire).

 

 

Voir plus loin avec les contributions de

Ndèye Khaïra Thiam, psychologue-clinicienne spécialisée en psychopathologie, en psychiatrie et en criminologie clinique ;

Laïty-Fary Ndiaye, sociologue et intervenante sociale ;

Binetou Diagne, Fondatrice de Oh My Flow ;

Monna Chasserio : Présidente fondatrice de la Maison Rose ;

 

Halima

QUAND LES FEMMES SÉNÉGALAISES PRENNENT LE POUVOIR…

Au travail, les femmes l’ont toujours été ; mais elles l’étaient gratuitement, dans l’enceinte gardée de la maison et de la famille.

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  • Aujourd’hui, leur champ d’action s’est ouvert ; leurs responsabilités se sont accrues ; leur travail est devenu l’objet d’un salaire, directement fonction de leur peine ou de leur compétence. Et c’est dans le sens restrictif d’une activité exercée hors de la maison et rémunérée qu’il faut entendre les mots « de femmes au travail ».

©TravelMeHappy

  • Désormais, travailler ne relève plus du masculin. Il s’agit, pour les femmes d’un instrument de valorisation de soi et comme la clé d’or qui ouvre toutes les portes. De plus, le travail constitue un véritable outil d’insertion et de lutte contre la pauvreté.
  • En Afrique et notamment au Sénégal, les femmes demeurent cantonnées aux activités informelles et peu rentables. Cette représentation des femmes dans l’économie informelle ne pose pas de questions car elle est vue comme l’expression normale des différences entre les sexes.
  • En sciences sociales, les recherches montrent que de tout temps, les filles et garçons ne suivent pas les mêmes filières scolaires, n’accèdent pas aux mêmes savoirs, n’exercent pas les mêmes métiers et ne valorisent pas leur diplôme de la même façon.
  • De plus, les femmes ont des carrières moins rapides et « moins abouties » que les hommes, qu’elles aient ou non des enfants.
  • Partout, on constate que les femmes (dans l’emploi formel) sont de plus en plus rares au fur et à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie et qu’elles demeurent minoritaires dans les postes de décisions et de responsabilités de haut niveau.
  • Les femmes disposant d’une fiche de paie sont visibles dans le secteur formel mais elles sont surreprésentées au secrétariat, dans les domaines du care, du social, des services à la personne (infirmière, aide-soignante) ou encore dans l’éducation. Tout ce qui a attrait aux professions incarnant les vertus dites féminines. Les femmes sont alors naturellement écartées de tout pouvoir de décision.

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Les représentations des métiers par les jeunes : entre résistances et avancées

  • Les métiers de femmes sont, par définition, conformes à l’idée que l’on se fait de la femme, ce sont les moins métiers des métiers… parce que les vrais métiers dont des métiers d’hommes. Un métier de femme c’est un métier féminin donc subordonné, souvent mal payé, enfin, c’est une activité où la femme est censée exprimer ses dispositions naturelles ou considérées comme telles…

Il manquera toujours la moustache. Pierre Bourdieu

(Comme Seynabou, des femmes d’exceptions exercent des travaux d’hommes – dans le secteur informel)…

Ce sont alors des milliers de petits détails, tous fondés sur le postulat qu’une femme au pouvoir, une femme qui commande, cela ne va pas de soi, ce n’est pas « naturel ». Dans la définition d’une profession, il y a aussi tout ce qui lui est conféré par la personne qui l’exerce. Si c’est fait pour un homme (à moustache) et que l’on voit arriver une petite minette en minijupe, ça ne va pas ! Il lui manquera toujours la moustache, la voix grave et forte qui convient à une personne d’autorité : « Parlez plus fort, on ne vous entend pas ! », quelle femme n’a pas essuyé cette réflexion dans les réunions de travail ? La définition tacite de la plupart des positions de direction implique un port de tête, une manière de poser la voix, l’assurance, l’aisance, le « parler pour ne rien dire », et si on arrive avec un peu trop d’intensité, de sérieux, d’anxiété, c’est inquiétant. Les femmes, sans toujours l’analyser, le ressentent, et souvent dans leur corps, sous forme de stress, de tension, de souffrance, de dépression…

  • Le vrai diplôme pour les femmes serait le mariage. Demeure toujours la crainte de voir l’instruction des femmes bousculer l’ordre familial. L’accession des femmes au savoir est présentée comme un danger. Trop de sciences leur feraient oublier leurs plus élémentaires devoirs.
  • La position défavorable des femmes sur le marché du travail peut s’expliquer par un conflit de rôles entre l’exercice d’une activité économique et les activités familiales qui leur incombent.

Le travail du genre

  • Or, seules les femmes sont questionnées sur l’articulation entre leur vie privée et leur travail. Leur ambition est rapidement stigmatisée et la disponibilité pour l’institution se retourne contre les mères dont on attend majoritairement le soin aux enfants. L’étalon de la réussite est donc fortement « sexué ».

 

 

« C’est comme si la femme n’avait qu’une seule mission sur terre : Naître, grandir, rejoindre le domicile conjugal » : Fatou Binetou Dial, sociologue.

« Oh si tu avais le mari, ce serait tellement bien, ce serait tellement mieux… ». On te le dit tellement que tu finis, dans ta tête, à te dire, c’est vrai qu’il me manque quelque chose » : Marie Thérèse Diedhiou.

« Tu es en face d’une de tes cousines. Même le mariage le plus raté soit-il, on te fera savoir que celle-là, elle est mariée. Comme si le mariage était, je ne sais pas moi… c’était un sacre ! » Fatou Fall.

Persuadée que les femmes ont le goût du pouvoir et veulent aller à la conquête du pouvoir,

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j’ai donc souhaité continuer à y croire et à vouloir rassembler des femmes qui ne souhaitent pas travailler dans les métiers d’exécutions, métiers de care, métiers féminins, travaux dévalorisants, mal payés pour ne pas dire bas de gamme mais qui veulent conquérir les positions prestigieuses.

 

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Des femmes dans un métier d’hommes

La trajectoire sociale, professionnelle de ces femmes a été prise en compte, le récit familial… Avec mon groupe de recherche, à Paris, nous avons alors pensé que ces femmes dirigeantes devaient être exceptionnelles, elles devaient être différentes des autres sénégalaises.

Chaque rencontre, échange a été inspirant et m’a redonné confiance en l’avenir des femmes sénégalaises…

 

 

 

Voir plus loin avec Daado Baro, Portraits de femmes ingénieures

Certains préjugés institutionnels et comportementaux continuent d’entraver la progression des femmes dans les emplois « intellectuels » (nécessitant un diplôme de niveau supérieur) et d’encadrement et attire l’attention sur certains dispositifs mis en place pour soutenir les femmes cadres. Les attitudes culturelles et sociales vis-à-vis de ce qui constitue les emplois « masculins » ou « féminins » entrainant une ségrégation professionnelle, bien que la mesure du problème varie d’un pays à l’autre et d’un emploi à l’autre. Les femmes sont surtout concentrées dans les professions « féminisées » comme les soins infirmiers et l’enseignement (ségrégation professionnelle horizontale), ou parallèlement elles restent dans des catégories d’emplois moins élevées que les hommes (ségrégation professionnelle verticale. Toutefois les femmes continuent à faire de petites incursions dans les domaines non traditionnels comme le droit, les technologies de l’information et des communications (TIC) et l’informatique, et l’ingénierie et on constate que les employeurs commencent à promouvoir les femmes plus systémiquement et à instaurer des politiques favorables à la famille afin de les conserver. Cependant les femmes qui choisissent des emplois non traditionnels peuvent être confrontées à des contraintes spéciales sur le lieu de travail, dont notamment l’isolement, l’accès limité au tutorat.

Halima