DOYNA – PENSER LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES

Qu’est ce que la violence contre les femmes :

Il s’agit de tout comportement violent dirigé vers les femmes et qui porte atteinte à leur intégrité physique ou psychique.

Exemples : Ces violences incluent les mariages forcés, grossesses forcées ou avortements forcés, mutilations génitales, lapidations, défigurations à l’acide et autres crimes d’honneur, esclavages, agressions sexuelles et violences conjugales, viols d’épuration ethnique, trafic de femmes, esclavage sexuel, privations traditionnelles ou politiquement tolérées de libertés et droits humains fondamentaux dans la condition féminine.

Au Sénégal, comment expliquer un taux de violence très élevé ?

– Faible taux de rapport concernant la totalité des violences subies par les femmes au Sénégal (les plaintes non abouties ou inexistantes) ?

-Mais aussi la posture adoptée par les femmes âgées de 40 / 44 ans au regard des violences subies par leur semblable ?

-Ignorance ?

-Coutumes et tradition ?

-Négligence des parents, pauvreté des parents ?

-Inégalités de genre ?

-Sexualité précoce ?

-Influence des médias ?  Banalisation des violences de leur part ?

-Autres ?

A qui la faute ?

Est-ce due au fait que les femmes soient moins couvertes ou trop couvertes. Qu’est-ce qui est montré ? Une féminité standard ? Une chute du féminin ? Le fait que les femmes sont réduites à leur corps, au regard, à la fonction d’être regardée ? Est-ce qu’on assiste à une représentation des fantasmes du public ou de leur rejet ? S’agit-il de l’absence de pouvoir des femmes ? Ou de leur « empowerment » ?Cet appel à la libération du corps — et des barrières mentales — est évidemment profondément féministe. Cette photo illustre le quotidien d’une femme qui subit — consciemment ou non — la domination masculine et les injonctions à la féminité.

« Une femme, une vraie se doit d’être habillée de la sorte… ».

Les femmes vivent dans une société patriarcale, avec des codes d’hommes, établis par des hommes et en leur faveur.

Qu’est ce qui pourrait expliquer cette violence ?

Une sexualisation tendant à exacerber la nudité (tatouages etc.) et/ou des stéréotypes imposant une invisibilisation du corps et étouffant la liberté corporelle ?

Images stéréotypées faisant des femmes un objet de soumission et/ou la chosification des femmes dans les médias et dans les publicités ? L’image de la femme objet et la femme séductrice est constamment exaltée. Les femmes sont le plus souvent réduites à un simple corps, un objet de fantasme, de tentation, de désir mais aussi du péché.

Le plus souvent, le type de féminité – victime de violences sexuelles –  véhiculée par les médias est celle de la jeune fille et/ou femme, ignorante, pauvre, asservie, illettrée, prisonnière de la tradition, repliée sur son foyer, centrée sur sa famille, victime, humiliée etc. Les médias ont une responsabilité dans le changement de mentalité.

Les femmes sont-elles vues en négatifs dans la société sénégalaise ? Parle-t-on de féminicides ?

Par définition, le féminicide est le meurtre de plusieurs femmes ou filles en raison de leur condition féminine.

– Bineta Camara est devenue le symbole des féminicides au Sénégal;

– Le cas de Ousmane Mbengue qui a lancé un appel à tuer « toutes les femmes du Sénégal »…

 

-Quand les victimes se racontent, on note une hausse des agressions de viols.

-« Une jeune fille de 12 ans violée puis sauvagement tuée par un déséquilibré, un maître coranique viole 25 fillettes, des viols collectifs commis lors de manifestations contre les délestages et après des combats de lutte, une jeune fille de 16 ans séquestrée et violée des jours durant par six hommes, une femme enceinte violée par un jeune homme de 20 ans » (Source : All Africa).

-Etc. Les cas tirés des médias sont répétitifs.

-Les hommes doivent-ils être construits ou modelés ?

-Si dans la plupart des cas, ce sont les mères qui éduquent, doivent-elles transmettre une éducation différente à leurs jeunes garçons ?

-Doivent-elles pérenniser des rapports de genre plus égalitaires ? Et non contraindre leurs filles à la domination masculine.

La levée du tabou a permis de libérer la parole des femmes

 «  Je portais une jupe et alors »…

« Elle était voilée mais… »

STOP à la culpabilisation des victimes !

De plus en plus, elles sont agressées chez ELLES, dans l’espace privé, dans la cellule famille.

En ce qui concerne les auteurs et autrices de la culture du viol :

Les hommes qui agressent sexuellement ne le font pas par manque sexuel. Il s’agit d’un acte calculé, prémédité :

Différents travaux de psychologie sociale confirment que le viol est le fruit d’une décision rationnelle, dépendant d’un rapport bénéfices/risques. Par ailleurs, les études visant à comprendre le comportement des violeurs en série montrent que ceux-ci ne laissent rien au hasard : le choix de la victime, les méthodes employées pour la piéger et la violer, le lieu de l’agression, etc., sont le fruit d’une réflexion. Le viol est loin d’être la conséquence d’une pulsion incontrôlable.

Outre, le viol n’est pas seulement le domaine exclusif de la masculinité. Le fait qu’une grande partie des abus sexuels signalés sont perpétrés par des femmes est également ignoré.

Les violences mettent en évidence des rapports de pouvoir, hommes/hommes, femmes/femmes ou le plus souvent hommes/femmes. Ceux-ci se caractérisent par un rapport inégalitaire de domination et d’emprise de l’auteur sur la victime. Par ses propos et comportements, l’auteur veut contrôler et détruire sa partenaire, pour qui les conséquences sont désastreuses : peur, honte, culpabilité, perte de l’estime de soi, isolement, stress post traumatique.

Les violences subies au sein du couple ont des répercussions sur les enfants :

Elles ont également un impact particulièrement néfaste sur le bien-être psychologique, neurologique et social de l’enfant qui y est exposé. Les agressions physiques, sexuelles, psychologiques qui constituent la violence, créent un climat de vie quotidienne marqué par l’insécurité, l’instabilité et la menace pour l’enfant. Ce climat de terreur l’affecte dans sa construction et son développement. Ces enfants témoins de violences dans le couple – sont aussi bien considérés comme des victimes.

Les châtiments corporels et autres formes « cruelles ou dégradantes de châtiments » sont, aujourd’hui encore, « des types largement acceptés et répandus de violence contre les enfants ».

Un enfant victime de maltraitance présente souvent des problèmes scolaires : résultats en très forte chute ou variables, dyslexie, dysorthographie, problèmes de concentration ou d’attention.

La violence détruit des vies…

Gifles, coups de poings, de pieds, de tête, morsures, coups avec une ceinture, une chaine, un fouet, un bâton, une canne, coups avec un pilon, louche ou tout autre ustensile de cuisine, brulures avec cigarette ou braise, ligoté ou enchainé pour être battu… Etc.

La violence est partout. Aussi bien dans la sphère privée que dans la sphère publique. Il faudrait alors prendre des mesures contre cette violence. Car, elle favorise un climat de peur et de crainte. Elle bafoue la dignité des victimes. Des corps sont en souffrance. La violence rend t-elle malade ?

Les enfants victimes de violence (ou encore témoins de violence) sont submergés émotionnellement de cette situation.Les violences conjugales peuvent entraîner chez les femmes comme chez les enfants, quel que soit leur âge, un état de stress important. Ce stress n’est pas à négliger. Car, il peut conduire à des symptômes comme l’état de stress post-traumatique.

L’état de stress post-traumatique (ESPT) est un état se caractérisant par le développement de symptômes spécifiques faisant suite à l’exposition à un événement traumatique dans un contexte de mort, de menaces de mort, de blessures graves ou d’agression sexuelle. La personne atteinte de stress post-traumatique souffre de “flashbacks” l’amenant à revivre de façon répétée la situation stressante sous forme de cauchemars ou de souvenirs obsédants. Cette réitération s’accompagne d’un certain nombre de symptômes parmi lesquels une grande anxiété – la personne est sur le “qui-vive” – ce qui peut conduire à des idées et des actes suicidaires, une grande fatigue psychique, un comportement de détachement et d’insensibilité par rapport aux autres, une anhédonie majeure, et des comportements d’évitement de toute situation susceptible de rappeler le traumatisme.

L’anhédonie est l’un des symptômes de la dépression. Déficit de la capacité de ressentir du plaisir et de s’intéresser aux choses. Elle est caractérisée par un manque d’engagement et d’énergie pour les expériences de la vie.

Comment prendre en charge ces victimes traumatisées ?Elles peuvent s’enfermer dans le silence, désespérer de leur état, souvent mal vécu par leur entourage. Ou à l’inverse, c’est la famille qui leur demande de garder le silence. Les familiers imposent le silence aux victimes car ils ont diagnostiqué que « dire le malheur, c’est déjà le faire exister, comme si la parole avait le pouvoir de réaliser en acte ce qui n’est encore qu’un énoncé » (Duval 1992). « Il ne faut plus en parler, sinon ça va recommencer. » Ou bien, ils pensent que parler équivaut à une nouvelle torture pour celui qui a été déjà éprouvé. « Il ne faut plus qu’elle en parle, c’est du passé, c’est du passé, et ça lui fait mal ». L’impact de la violence subie et du travail psychique de reconstruction relève de la psychologie clinique; Il faut libérer la parole. Les victimes doivent oser en parler… Pour espérer guérir d’un choc post-traumatique.

Les violences sont des questions de santé publique.

Est-ce que cela fait partie de nos priorités ?

Les violences devraient-elles être médicalisées ?

                                                                                                          Halima

Auteur : Halima

Halima Diallo est psychologue, spécialiste des questions de genre. Elle est actuellement chargée de cours à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. En 2018, elle a soutenu sa thèse à l'Université Paris 13, sur les "Femmes dirigeantes au Sénégal". Halima Diallo décrit et analyse le vécu des femmes sénégalaises qui se sont imposées dans des carrières dirigeantes et qui ne se sont pas demandées si « elles devaient » ou si elles ne « devaient pas » faire telle ou telle chose parce qu’elles étaient des femmes, bien qu’elles vivent dans une société où les rôles et les fonctions sont très marqués et sexués. Ses recherches actuelles traitent de la question de la migration avec un intérêt soutenu accordé au genre.

6 réflexions sur « DOYNA – PENSER LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES »

  1. Article très intéressant Halima. Tellement de choses sont à repenser dans notre société. Tu as soulevé tellement de points sur lesquels nous devrions nous concentrer pour aider à tacler ce problème. Les médias jouent un rôle très important dans ce problème et souvent je déplore leur manque de sensibilité ils choisissent plutôt d’être des rapporteurs sans substance.
    Éducation, égalité des genres, sensibilisation au respect de l’autre et à la maîtrise de soi, reinsertion des jeunes et formation.

    1. Merci Rosy de ta contribution. En effet, les médias ont une influence de première ampleur sur l’opinion publique. Je trouve que reporter les cas de violences faites aux femmes dans la rubrique FAITS DIVERS c’est banaliser ces phénomènes.

  2. Bonsoir Dr Haluma,
    J’ai lu ton texte avec plaisir et javoue que jai beaucoup apris. Le texte est bien écris, mais tu aurais dû l’étoffer avec des verbatims, discours des enquêtés.
    Cordialement

  3. Bel article, J’avoue que les violences faites aux personnes vulnérables surtout chez les filles ne cessent d’augmenter. Cependant les femmes jouent un rôle important dans le cas des mutilations génitales. C’est elles qui sont à l’origine pour ma part. Je pense aussi que le viol chez certains personnes doit être un manque de désire ou absence sexuel où tout autre forme psychiques. Une personne jouissant de ses facultés mentales ne peut pas se mettre dans des situations affreuses. Les filles doivent néanmoins faire preuve de bonne conduite à surtout ne pas se retrouver seul dans des endroits où elles seront isolés.

    1. Merci cher Hassane de ta contribution.
      Pour les MGF, il y a des idées reçues d’une région à une autre. Les MGF sont considérées comme faisant partie de l’éducation des filles. Les mutilations génitales féminines sont motivées par le fait qu’elles garantissent un comportement sexuel approprié chez les femmes. Il semblerait que les jeunes filles excisées resteront vierges jusqu’au mariage et seront fidèles à leur époux.
      On pratique ces mutilations dans les environnements où l’on croit que cela favorise le mariage de la jeune fille. D’ailleurs, dans certaines localités, une jeune femme non excisée peine à se marier. En outre, ce sont des toutes ces pesanteurs socioculturelles qui pérennisent ces pratiques.

      En ce qui concerne le viol, les psychologues cliniciens rapportent qu’un auteur de viol n’est pas forcément une personne qui est manque de désir…

      Et pour la bonne conduite des filles… Il doit en être, de même, pour les garçons.

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