LA FABRIQUE DES ÉLITES FÉMININES EN AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE

Every girl deserves to go to school and have the basic tools she needs to get a quality education.

L’éducation, mission souvent avancée pour légitimer le fait colonial ne semble guère avoir touché les filles et a même creusé les écarts entre filles et garçons… D’après l’UNESCO, en 1950, le pourcentage d’enfants scolarisés dans le primaire est de 10% dans les colonies françaises. En AOF, en 1908, on compte une fille pour 11 garçons scolarisés, en 1938, une fille pour 9 garçons, en 1954, une fille pour 5 garçons. Ces différences sont, en grande partie, du fait de l’administration coloniale qui a des réticences à ouvrir l’enseignement aux filles.

Les Missionnaires et les nombreuses congrégations religieuses ont été les premiers à souhaiter scolariser les populations autochtones, indigènes, noir.e.s… En réalité, ils voulaient recueillir des âmes pour le Seigneur, le but était d’en faire des chrétiens. On peut alors imaginer le danger que suscita l’école pour les familles musulmanes…. Ainsi, l’école posa paradoxalement le problème de l’avenir de ces jeunes garçons et filles de confession musulmane.

Amadou Hampâté Ba, le sage de Bandiagara, le gardien des valeurs culturelles africaines considéré comme l’une des plus grandes voix d’Afrique – explique dans Amkoulel que sa mère était contre, de peur qu’il devienne un infidèle. Refuser que son enfant aille à l’école était une forme de résistance contre les colons. D’ailleurs, les indigènes ont eu du mal à accepter l’école pour leurs fils/leurs filles. Ils n’en voulaient pas. Colonisateurs et associés les ont contraint à se scolariser et /ou à devenir « civilisés »… en prenant en otage les fils de chefs.

Les mémoires de Yoro Dyao (Yoro Booli Jaw en wolof) expriment l’essentiel de la tradition orale wolof, plus spécifiquement, son Histoire des damels (souverains) du Cayor, remise en 1864, au Gouverneur Français Faidherbe. L’abbé Boilat, comme Yoro Dyao, fait partie des pionniers de l’historiographie sénégalaise. Tous deux proches collaborateurs de la France, leurs écrits – sur les us et coutumes – étaient destinés à l’administration coloniale. Amis de la France, ces colonisés ont tourné le dos à leur origine, famille etc. En outre, la scolarisation aggrava également les écarts sociaux puisqu’elle pénètre en premier chez les notables.

Les colonisateurs se sont très peu intéressés aux femmes autochtones, indigènes, noires. Ceux qu’il fallait instruire, former, civiliser étaient uniquement les hommes des 4 communes : SAINT-LOUIS, DAKAR, GORÉE, RUFISQUE. Le système colonial a favorisé les hommes en s’inspirant du modèle du paterfamilias du droit romain.

Pendant longtemps la recherche francophone a fait preuve d’une totale cécité à l’égard de l’histoire des femmes et du genre pendant la période coloniale. Le fait colonial étant une affaire d’hommes, on en a oublié qu’il ne s’exerçait pas que sur des hommes, et que, dans leur entreprise, les Européens avaient aussi souvent entraîné des femmes et colonisé des hommes et des femmes. C’est en pleine guerre, que les colonisateurs donneront de l’importance à la scolarisation des filles… et c’est à ce moment-là que débutera toute cette fabrique des élites féminines…

Mais avant, les fillettes indigènes, particulièrement les chrétiennes, bénéficient d’une éducation au rabais…Elles font les petites corvées et le ménage pour les bonnes sœurs.

Cet enseignement est avant tout idéologique et dispense les valeurs de la bourgeoisie européenne en proposant des cours de morale, de couture, de cuisine et de santé. Son objectif est de transformer les Africaines en mères compétentes et épouses vertueuses. Un enseignement essentiellement domestique.

Leur instruction se limita à l’école primaire… En revanche, les archives coloniales mettent en exergue l’histoire exceptionnelle d’ AWA HÉLÈNE COMTÉ, la première sénégalaise Major de la promotion, titulaire du Brevet Élémentaire en 1907.

J’ai eu l’immense honneur et le plaisir d’interviewer sa fille qui raconte :

« Je dois tout à ma mère…

Ma mère fut la première sénégalaise major de la promotion, titulaire du Brevet Élémentaire en 1907. Il n’était pas de bon temps d’envoyer une fille étudier à l’étranger même avec une bourse et mon grand-père déclina l’offre généreuse.

La déception était si grande pour ma mère qu’elle s’était jurée que ses enfants, filles comme garçons iraient aussi loin qu’ils pourraient dans l’acquisition de connaissances intellectuelles pour un mieux-être dans leur vie sociale ».

Pour se penser leader, déjà en tant que femme, encore faut-il avoir un modèle.

 

 

 

 

 

 

Halima