« Une vie conjugale heureuse dépend de la sincérité, de la tolérance, du sacrifice et de l’harmonie dans le couple. Toutes ces qualités sont menacées lorsqu’il y a polygamie ».

Mortada Motahari

Dans les sociétés islamiques, les hommes sont autorisés à épouser jusqu’à quatre femmes à la fois, à condition de pouvoir les traiter avec équité et d’avoir des ressources suffisantes pour pouvoir subvenir aux besoins de plusieurs ménages. Mais dans la pratique, ces conditions sont rarement respectées. La polygamie suscite des curiosités quant à sa conception du mariage qui s’oppose à celle des pays européens. Cela laisse présager des difficultés de coexistence.

Outre, au Sénégal, la polygamie est autorisée par la loi. L’époux peut avoir jusqu’à quatre épouses. Selon l’article 116, c’est l’officier d’état civil qui recueille l’option de monogamie ou de polygamie. Force est de constater, nombreuses sont les femmes sénégalaises qui laissent, leur époux, lors du mariage civil, signer polygamie dans l’espoir qu’il n’en épouse pas une deuxième, une troisième et/ou une quatrième. Comment expliquer une telle contradiction ? Comment signer polygamie et prétendre à un mariage monogame ? La féminité, la vraie, se confondrait avec « care », générosité, sollicitude, compassion, soumission, résignation, discrétion… etc. Les vraies femmes sénégalaises sont celles qui coopèrent et qui se conforment aux désirs masculins.

Le fait de signer polygamie, semble donner aux hommes plus de privilèges dans la vie maritale. Selon eux, l’épouse devra alors davantage faire attention à ne pas contrarier son mari pour que celui-ci ne soit pas tenté de prendre une autre. De toutes les façons, les hommes ont toujours été soumis à un idéal de virilité. Mais que les femmes manifestent aujourd’hui plus d’exigences, c’est certain. Dans le discours qui se déploie, il y a un déni du désir féminin, par la demande qu’ont les femmes à l’égard de la qualité de la sexualité qu’elles ont avec les hommes.

Que dire alors de ces femmes qui font leur entrée dans un ménage polygame ? L’injonction sociale au mariage justifierait-elle ce choix ? En Afrique et notamment au Sénégal, il y a un commandement et/ou un impératif à se marier et à devenir mère. De plus, il existe une injonction à la maternité.

Le divorce est, quant à lui, vécu comme un échec… bien qu’il soit accepté comme solution à l’insatisfaction conjugale. Par ailleurs, le divorce est fortement stigmatisé chez les femmes. Mieux vaut être mal-mariée dans cette société que sans mari.

Partant de là, comment les premières épouses accueillent-elles l’arrivée des secondes épouses ? Quelles sont les incidences psychiques de cette polygamie (si elles n’avaient pas de co-épouses et/ou rivales auparavant) sur leur santé mentale ? D’un point de vue psychologique, cet article traite de l’impact de la polygamie sur les femmes et sur les perturbations émotionnelles importantes liées à cet évènement et/ou encore « sidération, déni et révolte, dépression avec ses altercations somatiques, intellectuelles et affectives » (Bacqué 1992).

 

Le mot est lâché : la polygamie. Ce qu’elle a enduré dans son ménage, le pain ne l’a pas enduré dans le four. Notre mal n’est pas ailleurs, nous ne sommes ni voilées, ni dévoilées d’ailleurs, contre notre gré. Nous ne sommes ni excisées, ni infibulées, ni vendues, ni violées. Non ! Pire que cela ! Nous n’avons pas le droit d’aimer et d’être aimées en paix.

La vie dans ma société consiste en cela, sauvegarder les apparences au mépris parfois de son propre équilibre mental. Cela s’apprend. Comme tout dans la vie, cela se maîtrise petit à petit puis cela devient une seconde nature, puis une vraie nature, entre-temps on est devenu une autre. La maturité accouche aussi dans la douleur. On mûrit en perdant un être cher, une situation sécurisante, une bonne santé. Moi, j’étais appelée à mûrir en perdant mes certitudes.

@ la suite disponible dans une revue scientifique…

 

Halima